Traitement du polypore des caves (Donkioporia expansa)
C'est le lignivore que nous rencontrons le plus souvent dans le bâti ancien de la région, et le plus sournois. Il travaille sur la partie de la solive encastrée dans le mur, celle que personne ne voit, et il ne se manifeste qu'au moment où le plancher commence à fléchir.
Donkioporia expansa, polypore des caves, polypore des celliers
Ce sont trois noms pour la même espèce. Donkioporia expansa est le nom scientifique, polypore des caves le nom courant, polypore des celliers une variante régionale. On entend aussi « champignon des caves », qui ne veut rien dire de précis puisqu'il désigne selon les gens un polypore, un coniophore ou une mérule.
Cette confusion de vocabulaire n'est pas anodine : elle explique pourquoi tant de propriétaires cherchent pendant des semaines sans trouver ce qu'ils ont réellement. Si vous êtes arrivé ici en tapant l'un de ces noms, vous êtes au bon endroit.
C'est aussi le sujet sur lequel on nous consulte le plus, bien au-delà de notre zone d'intervention. Des diagnostiqueurs, des experts d'assurance et des confrères nous écrivent régulièrement pour comparer un cas au nôtre. Cette page est écrite pour eux autant que pour un propriétaire inquiet.
Ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas
Le polypore a une particularité qui le rend redoutable : ce qu'il attaque est presque toujours hors de vue.
La fructification
Une masse coriace, étalée, de couleur ocre à brun foncé, qui adhère fortement au support. Elle se développe généralement sur la face inférieure d'une solive ou contre la maçonnerie, dans une cave ou un vide sanitaire. Contrairement à la mérule, elle n'a rien de cotonneux : sa texture ressemble à du cuir sec.
Les cordons
Des filaments bruns qui rampent sur la maçonnerie et sur le bois, plus fins et beaucoup moins développés que ceux de la mérule. Ils ne servent pas à transporter l'eau sur de longues distances : le polypore reste au voisinage de sa zone humide.
Le bois attaqué
Une pourriture cubique, qui découpe le bois en petits cubes s'effritant entre les doigts. Elle démarre à l'intérieur de l'about et progresse vers l'extérieur, ce qui explique qu'une solive puisse paraître saine en surface tout en étant vidée sur quinze centimètres.
Le signal que tout le monde manque
Un plancher qui prend du jeu, une lame qui grince alors qu'elle ne grinçait pas, un léger affaissement en périphérie de pièce, le long d'un mur. Ces trois signes précèdent souvent de plusieurs mois la découverte du champignon lui-même.
Le réflexe utile est simple : descendre à la cave et regarder le plafond, précisément là où les solives entrent dans le mur. C'est le seul endroit qui compte.
Un tournevis fin enfoncé à la main dans l'about d'une solive, à cinq centimètres du mur. Sur un bois sain, il ne pénètre pas. Sur un bois attaqué par un polypore, il s'enfonce comme dans du carton. C'est le geste que nous faisons en premier sur chaque visite, et il ne demande aucune compétence particulière.
Dix ans de travail invisible
Le polypore ne se cache pas par hasard : sa biologie l'amène exactement là où on ne regarde jamais.
Dans le bâti ancien, les solives d'un plancher reposent dans des trous laissés dans la maçonnerie. Cette extrémité, l'about de solive, est enfermée dans la pierre ou le moellon, sans circulation d'air, souvent en contact avec un mur enterré qui ne sèche jamais complètement.
C'est exactement l'environnement dont le polypore a besoin : une humidité stable, pas de lumière, pas de ventilation. Il s'y installe et il travaille. Pendant ce temps, la partie visible de la solive, celle qui traverse la pièce, reste parfaitement saine.
Quand le fléchissement devient perceptible, l'about a généralement perdu l'essentiel de sa capacité portante. C'est ce qui fait du polypore des caves le lignivore le plus souvent impliqué dans les effondrements de plancher que nous constatons, devant la mérule qui, elle, se voit venir.



Polypore, mérule, coniophore
Les trois s'installent dans les mêmes caves et n'appellent pas du tout le même chantier.
| Polypore des caves Donkioporia expansa | Mérule Serpula lacrymans | Coniophore Coniophora puteana | |
|---|---|---|---|
| Aspect | Masse coriace ocre à brun, adhérente | Voile blanc cotonneux puis plaques rouille bordées de blanc | Croûte brune à noire, filaments sombres en éventail |
| Cordons | Bruns, fins, rampants, courte portée | Épais, jusqu'à plusieurs mètres, traversent la maçonnerie | Sombres, restreints à la zone humide |
| Point d'attaque | About de solive encastré, invisible | Surface, puis propagation par les cordons | Bois franchement gorgé d'eau |
| Besoin en eau | Humidité stable et modérée | Sait transporter son eau | Source permanente et proche |
| Périmètre de traitement | Bois touchés et environnement immédiat | Débordement d'un mètre, dépiquage et brûlage de la maçonnerie | Bois touchés, après suppression de la fuite |
| Détection | Tardive, au fléchissement du plancher | Visible quand la fructification sort | Visible, le bois est trempé |
Cette confusion a un coût réel dans les deux sens. Traiter un polypore comme une mérule, c'est dépiquer et brûler des mètres carrés de maçonnerie pour rien. Traiter une mérule comme un polypore, c'est laisser le réseau en place et refaire le chantier deux hivers plus tard. L'identification en laboratoire coûte une fraction de cet écart.
Étayer, déposer, traiter, reprendre
Quatre étapes. La première n'est pas négociable : on ne travaille pas sous un plancher qui a perdu sa portance.
Étaiement
Mise en sécurité du plancher avant toute intervention. Sur un about vidé, la dépose de la charge est un préalable, pas une précaution.
Traitement de la cause
Recherche et suppression de la source d'humidité : mur enterré non drainé, ventilation de cave condamnée, fuite, terre au contact de la maçonnerie.
Dépose et bûchage
Retrait de la partie d'about transformée en pourriture cubique, jusqu'à retrouver la matière saine. Dépiquage de la maçonnerie autour de l'encastrement.
Traitement et reprise
Fongicide sur les bois conservés et la maçonnerie dégagée, puis reprise de l'about par prothèse ou remplacement partiel avec appui rapporté.
Cinq gestes qui protègent vos abouts de solives
Le polypore n'a besoin que d'une chose : une humidité stable au point d'encastrement. Supprimez-la et il ne s'installe pas.
Sondez vos abouts une fois par an
Un tournevis fin enfoncé à la main dans l'about, à cinq centimètres du mur, sur les solives accessibles côté cave. Cinq minutes suffisent à repérer un problème dix ans plus tôt.
Ne murez jamais un soupirail
On les bouche pour gagner en confort thermique, et on transforme une cave qui respirait en boîte fermée. C'est la cause la plus fréquente des polypores que nous traitons.
Surveillez le pied des murs enterrés
Une terre qui remonte contre un mur, un drainage bouché, une descente d'eau qui se déverse au pied de la façade : l'eau finit toujours par arriver au niveau des abouts.
Pas de bois de chauffage dans la cave
Il apporte à la fois de l'humidité supplémentaire et des spores, à quelques centimètres des solives que vous voulez protéger.
N'isolez pas un mur de cave humide
L'isolant devient une éponge et enferme l'eau contre la maçonnerie, donc contre l'encastrement. C'est le meilleur moyen de créer un polypore là où il n'y en avait pas.
Une de nos mérules est passée dans Zone Interdite
Une équipe de M6 a suivi un de nos chantiers pour un sujet consacré aux maisons attaquées par la mérule. Ils ont filmé le bûchage, le traitement de la maçonnerie et la reprise des bois. Nous n'avons rien mis en scène : c'est un chantier ordinaire pour nous, filmé tel qu'il s'est passé.
Ce que le reportage montre bien, et que nous répétons à chaque visite : au moment où la mérule devient visible dans une pièce, cela fait déjà des mois qu'elle circule dans la maçonnerie. Ce qu'on voit n'est jamais l'étendue réelle.
On y entend aussi ce qui nous ramène le plus de monde au téléphone : une famille qui découvre que son bien, celui dans lequel elle a mis toutes ses économies, est atteint. C'est pour ça que nous répondons par écrit à chaque envoi de photos, même quand il n'y a rien à traiter.
Tourné sur un chantier client, pendant l'intervention. Rien n'est reconstitué, et les applicateurs du reportage sont les nôtres.
Sur le polypore des caves
Donkioporia expansa et polypore des caves, est-ce la même chose ?
Oui. Donkioporia expansa est le nom scientifique, polypore des caves le nom courant. On rencontre aussi « polypore des celliers » et, à tort, « champignon des caves », qui désigne en réalité plusieurs espèces différentes. C'est le même champignon dans tous les cas, et c'est celui que nous rencontrons le plus souvent dans le bâti ancien de notre région.
Le polypore des caves est-il dangereux ?
Pas pour les personnes : il s'attaque au bois, pas à la santé. Le danger est structurel, et il est réel. Il travaille sur l'about de solive, la partie encastrée dans la maçonnerie, donc invisible. Quand le plancher se met à fléchir, la perte de portance est déjà largement engagée. C'est le champignon qui provoque le plus d'effondrements de plancher dans le bâti ancien.
Comment le distinguer d'une mérule ?
Trois différences. Le polypore reste sur son bois et sa zone humide, alors que la mérule fabrique des cordons qui traversent la maçonnerie sur plusieurs mètres. Le polypore produit des cordons bruns rampants et une masse coriace de couleur ocre à brun, la mérule un voile blanc cotonneux puis des plaques rouille bordées de blanc. Enfin le polypore attaque presque toujours par l'encastrement, la mérule par la surface. Le périmètre de traitement n'a pas le même ordre de grandeur.
Combien coûte un traitement de polypore des caves ?
Moins qu'une mérule à surface égale, parce que le périmètre reste généralement limité aux bois touchés et à leur environnement immédiat. Le poste principal n'est pas le traitement lui-même mais le remplacement des abouts de solives dégradés, et donc l'étaiement du plancher pendant l'intervention. Nous ne donnons pas de prix sans être passés sonder pièce par pièce.
Peut-on traiter sans déposer le plancher ?
Souvent oui, quand l'attaque est prise assez tôt et que l'about reste portant. On traite alors par injection dans la partie encastrée et par pulvérisation sur la solive. Quand l'about est vidé, il faut le reprendre : soit par une prothèse, soit par un remplacement partiel de la solive avec appui rapporté.
Faut-il faire analyser en laboratoire ?
Quand la fructification est mature et caractéristique, le constat visuel suffit et nous vous le disons. Sur un développement jeune, en revanche, la confusion avec d'autres lignivores est possible et le périmètre de traitement change. C'est le cas où nous prélevons et où un laboratoire indépendant tranche.











